La Commune de Durbuy se présente comme une entité essentiellement famennienne, sillonnée par l’Ourthe et quelques-uns de ses affluents, avec un coin de Condroz vers le nord-ouest et les premiers contreforts escarpés de l’Ardenne à l’est. Chacune de ces trois régions possède un habitat traditionnel, caractéristique et diversifié, qui se laisse encore découvrir, malgré les ravages du temps … et des hommes.
Heureusement, la prise de conscience de la valeur patrimoniale de nos villages et de nos maisons rurales a conquis, en quelques décennies, successivement le cœur des spécialistes, des villageois eux-mêmes et enfin, des seconds résidents.

Vue de Durbuy
Un patrimoine exceptionnel
L’ensemble de ce patrimoine rural - châteaux, églises, fermes, écoles, maisons communales, demeures particulières, petit patrimoine - est aujourd’hui inventorié dans le récent « Patrimoine architectural et Territoires de Wallonie », consacré à Durbuy, Erezée et Manhay (Ministère de la Région Wallonne, Editions Mardaga, 2007), qui recense, rien que pour notre Commune, plus de cinq cent cinquante édifices dignes d’intérêt, d’un point de vue historique, archéologique, esthétique…
Ajoutons que vingt-six éléments du patrimoine durbuysien sont classés comme monuments et/ou sites, parmi lesquels nous pouvons épingler La Poivrière et la Maison Legros à Barvaux, les églises de Tohogne, Wéris, Grande-Eneille, Borlon, les châteaux fermes d’Izier et de Bomal, la Tour de Justice de Grandhan, sans oublier à Durbuy, la Halle aux blés, classée « Patrimoine exceptionnel de Wallonie ».
Un patrimoine essentiellement rural
Durbuy est une terre occupée depuis des millénaires. A Wéris-Oppagne, les deux dolmens et les nombreux menhirs, appartenant à l’époque néolithique, constituent les témoins majeurs de cette présence humaine dans l’histoire de notre pays.
Hormis cette singularité, le patrimoine recensé sur le territoire communal est, par nature, essentiellement rural, dans une région ne possédant pas d’agglomérations d’une certaine taille.
Exception faite, bien sûr, des trois bourgades que sont Durbuy, Barvaux et Bomal, qui, malgré des allures « urbaines », ont conservé malgré tout des traces d’un important passé agricole, puisque leur périmètre ancien compte encore nombre d’anciennes exploitations et dépendances. A noter que Barvaux, fut également, pendant des siècles, le centre commercial de la région. Son port fluvial assurait le trafic par eau entre La Roche et Liège. Un dénombrement de 1791 donne encore 60 bateliers pour 75 laboureurs.
Les villages et leur environnement
D’une hauteur avoisinante, il est toujours possible, dans notre Commune, de cerner du regard tout un village, tout un hameau, serti dans son paysage, ce qui est rarement le cas avec une ville.
L’harmonie des silhouettes villageoises sur fond de forêts, de vallées ou de versants vient à la fois de l’homogénéité des maisons traditionnelles et de la nature même des matériaux utilisés, issus du sous-sol ou de l’environnement immédiat.
La végétation environnante (bosquets, vergers, haies, arbres isolés …) joue également un grand rôle. Ainsi peut-on voir dans notre Commune des villages profitant de la protection climatique des collines ou d’autres implantés sur des versants et présentant un ensemble de pignons tournés vers l’ensoleillement. Ou encore des villages blottis au fond d’une vallée, comme Durbuy, cerné par son amphithéâtre de roches et de bois.
Par ailleurs, l’alternance de paysages dégagés, plateaux ou crêtes, ouvrant sur la plaine alluviale de l’Ourthe ou, au contraire, encaissés dans des vallées parfois abruptes, procure une impression contrastée qui fait tout l’attrait et tout le charme de notre Commune sur le plan de la nature. De plus, la succession inégale de terres cultivées, de prairies, de zones boisées contribue à accentuer cette image séduisante et attractive.
Le monde rural a changé
Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le monde rural a subi de profondes mutations : exode de populations, changements économiques et techniques dans l’agriculture (nouveau matériel, donc nouveaux hangars, étables modernes …), transformation des maisons rurales (débordements de toitures, portes de garage remplaçant l’ouverture traditionnelle des portes de grange, lattage de PVC remplaçant le chaulage…), prolifération souvent anarchique et dispersée d’un habitat secondaire à l’architecture indiscrète et sans articulation avec le milieu (importation de modèles d’habitat étrangers, voire « exotiques », depuis le chalet suisse jusqu’à la fermette flamande ou le mas provençal).
Difficile aussi de ne pas aborder ici l’impact environnemental provoqué par la construction de villages de vacances et la présence de camping-caravaning. Ces implantations parfois indiscrètes témoignent d’une anarchie visuelle, ce dont, par ailleurs, sont bien conscients les propriétaires.
Simultanément, une urbanisation linéaire stricte a souvent supplanté l’occupation familière des places et des abords des habitations, bousculant fournils et autres fours à pain, coupant haies vives et arbres. L’espace-rue s’est vidé petit à petit de sa vie sociale et de son animation. Les devant-de-portes se sont clôturés, déguisés en jardinets. Le confort en plus, la convivialité en moins !
Quant aux croix, potales, chapelles et autres calvaires, ils se sont dégradés dans l’indifférence quasi générale, tandis qu’un nouveau « mobilier urbain » faisait son apparition : abribus, bornes téléphoniques, colonnes d’affichage, distributeurs de boissons…

Izier, la chapelle Ste Geneviève et ses tilleuls
La responsabilité de chacun
Etroitement liés aux évolutions économiques, sociales, culturelles, ces bouleversements du paysage - inéluctables en soi - ne doivent cependant pas nous conduire à un pessimisme exagéré ou à une nostalgie passéiste et, encore moins, à un immobilisme frileux et amer. Au cours des vingt dernières années, prises de conscience, sensibilisations, études diverses et, surtout, réalisations concrètes (règlements sur les bâtisses, assistance architecturale, développement rural, labellisation des plus beaux villages…) ont contribué dans notre Commune, non seulement à responsabiliser le citoyen vis-à-vis de son environnement, mais aussi à concilier l’engouement du touriste pour les espaces naturels avec la préservation des paysages et des sites prestigieux, à sauvegarder le patrimoine collectif, à valoriser le cadre de vie de tous.
Cette responsabilisation est plus que jamais nécessaire, car aucune nouvelle construction, aucune rénovation de maison n’est innocente. Chaque modification, restauration ou construction dans un village concerne la sauvegarde du patrimoine collectif et la valorisation du cadre de vie de tous. On ne peut donc pas faire n’importe quoi, ce qui ne signifie pas qu’il faille ne plus bouger ni se développer. La qualité de vie, à cet égard, est donc l’affaire de tous les habitants. C’est à eux, avec le concours, le soutien ou la guidance des experts en aménagement du territoire, de prendre en main leur cadre de vie, de retrouver la richesse de leur patrimoine, les particularités de leur terroir, afin de les assimiler et de les réinterpréter dans leur mode de vie actuel et dans leur habitat.
Et si Durbuy veut être, à l’instar du Luxembourg, une « merveilleuse terre de vacances », elle doit avant tout rester un lieu où, pour chaque habitant, il fait bon de vivre !
Laurence JAMAGNE.