A l’ombre du chapiteau de la classe, confortablement installés, deux douzaines de paires d’yeux curieux scrutent la « scène de classe » où, jour après jour, se démène un enseignant, se livrant à un one-man-show, tantôt magique, tantôt drôle, pour que le savoir s’avale aussi facilement qu’un kilo de pop-corn.
Le voici d’abord en jongleur. Il doit savoir jongler avec les programmes, les règles, les exceptions, les envies, les passions de ses spectateurs. Il tâche de faire des choix judicieux, sans jamais rien laisser tomber. Il se doit d’être suffisamment adroit pour capter l’attention de ses élèves, tout en étant tributaire des savoirs à communiquer et des contraintes du temps et de l’espace.
L’enseignant peut aussi être à l’occasion, malgré lui, dompteur. Sur le qui-vive, il recourt alors à son autorité pour motiver les élèves à travailler, sait user de récompenses ou de réprimandes, fait preuve d’une grande patience, d’une vigilance de tous instants, car, tels de jeunes félins, les enfants sont imprévisibles et peuvent faire patte de velours autant que donner un coup de griffes, suivant leurs états d’âme, leur besoin d’affirmer leur indépendance, leur volonté d’apprendre ou pas.
L’enseignant se retrouve parfois dans le rôle du contorsionniste. Il se plie en quatre pour faire comprendre tel ou tel sujet à des enfants, tous différents, avec des méthodes aussi diverses que multiples. Il emprunte les chemins les plus tortueux pour que le déclic de la compréhension se fasse chez chacun, quitte à recommencer maintes et maintes fois ses explications, avant d’atteindre ses objectifs.
Perché sur le fil de l’éducation, il devient acrobate, s’aventurant d’un pas plus ou moins assuré sur les formes d’évaluation que lui imposent les nouvelles méthodes d’enseignement. Il recherche un juste équilibre, afin de juger les élèves le plus objectivement possible, ni trop bien, ni trop mal, sans anticiper sur l’avenir, car il sait l’évolution et les changements constants.
Puis, l’enseignant se sent l’âme d’un trapéziste lorsqu’il balance entre les autorités et les parents, entre leurs attentes et les résultats qui ne sont pas toujours compatibles. Il doit gérer son stress, faire preuve de souplesse et se méfier de ne pas lâcher prise face aux critiques, car il travaille, lui, sans filet !
Enfin, il arrive qu’il soit magicien, lorsqu’il transforme la motivation en étoiles qui brillent dans le regard des enfants. Il capte leur attention et leur transmet une soif d’apprendre intarissable. Il ouvre l’école sur le monde et le rêve jusqu’à faire regretter aux parents de n’être plus de petits écoliers.
Mais plus que tout, l’enseignant aime être le clown farceur qui fait rire aux éclats : celui qui est le plus aimé des enfants, celui qui déborde d’énergie malgré la fatigue, les problèmes, les jours de grisaille ; celui qui, d’un coup de baguette magique, éparpille la poussière du bonheur tout autour de lui.
Enseigner, quel cirque ! Oui, mais pour le plus grand plaisir des enfants et des … enseignants !