Portrait / Joseph Charlier de Durbuy Adventure s.a.
ADL: Doit-on penser que Durbuy est devenu trop petit que vous partez sans cesse conquérir l'Europe ? ADL: La belle réussite, c'est que vous êtes parti de pas grand chose. Ce n'est pas une légende votre cadeau de noce ? J.C.: Non, en effet (rires). Avec mon épouse, il y a un peu plus de 20 ans, nous avons revendu notre cadeau de mariage et obtenu 8 000 EUR. Cela nous a permis d'ouvrir un premier crédit, d'acheter un bâtiment et d'y mettre deux VTT pour que les logeurs se détentent. De fil en aiguille, et après 116 actes notariés, nous en sommes arrivés à constituer cette belle entreprise de 42 salariés (le double en été). Elle permet tout de même à une centaine de familles de trouver un emploi, ici, dans cette belle région ! ADL: Tout n'a pourtant pas toujours été rose ! J.C.: Ah ça non ! Et je dois bien reconnaître qu'il est difficile d'obtenir de la reconnaissance, surtout au niveau local, après avoir dépensé tant d'euros pour sa région. Le combat le plus amer qui me reste en travers de la gorge est celui de la concurrence illégale. Que d'autres veuillent jouer sur le même terrain que moi ne me fait pas peur, mais que l'on joue avec les mêmes règles alors. Car chez Durbuy Adventure tous les salariés sont déclarés et toutes les activités sont contrôlées en termes de sécurité. Mais j'ai fini, à présent, de me battre contre des moulins. Je suis fier de ce que j'ai construit et, quand je salue mon personnel le matin, que je peux les encourager en les regardant dans les yeux et les féliciter, je relativise tout le reste. Ce qui est difficile dans ce métier, ce sont les aléas du climat. Cet été, par exemple, nous avons eu 72 jours de fermeture kayak. Comment voulez-vous tenir si vous ne pouvez pas offrir autre chose au client ?
ADL: Vous avez tout de même écrit une magnifique page du tourisme de Durbuy ! Quel regard portez-vous sur cette localité ? J.C.: Merci, mais vous savez, je suis un enfant du cru puisque je viens de Villers-Ste-Gertrude. Et le tourisme a eu le temps d'évoluer en 50 ans. Alors, oui le développement de la vieille ville et celui de mon entreprise sont liés. L'un a servi l'autre et inversément. Ce qui est intéressant, c'est de voir aujourd'hui à quel point nous sommes complémentaires. Car si les gens continuent d'être attirés par la jolie vitrine de la vieille ville, il faut toujours pouvoir leur offrir des distractions une fois qu'ils sont sur le territoire. Au total, c'est un beau produit complet. Imaginez un peu le nombre de personnes que nous pouvons accueillir quotidiennement ? 2000 places de parking x 4 personnes ... Et puis, Durbuy est devenu le gage d'une qualité à de nombreux niveaux: gastronomie, environnement, culture... Il faut juste que l'on garde en tête que le tourisme doit rester accessible à tous. Il n'y a pas que les enseignes huppées de la vieille ville qui importent. Les gens recherchent des activités ludiques à tout niveau, qu'ils gagnent 1 000 ou 5 000 euros par mois. Saviez-vous que le budget moyen d'une personne qui veut se détendre une journée entière est de 35 €, repas compris ? Dans un parc d'attraction, tout est pris en charge. C'est donc très ... attractif ! ADL: C'était presqu'un destin écrit à l'avance ? J.C.: On en n'est pas loin, en effet. Et c'est vrai que lorsque je regarde le chemin parcouru, tout ceci a une logique évidente. Ce terme "destin" résonne terriblement chez moi, mais c'est difficile d'en parler car les gens sont encore peu ouverts à cette dimension là. ADL: Mais encore ? J.C.: A 23 ans, alors que je travaillais dans les bois près de Villers avec un ami, le tracteur sur lequel j'étais s'est retourné et je me suis retrouvé en dessous. J'ai perdu connaissance et ai connu une expérience de mort imminente. Ce fameux tunnel avec de la lumière blanche au bout. Une image idyllique de paradis, de plénitude, de sérénité où je me sentais bien. C'est alors qu'une dame m'a obligé de faire demi-tour, expliquant que mon heure n'était pas venue, que j'avais encore une mission à remplir sur terre. J'ai repris connaissance, suis sorti avec l'aide de mon ami de dessous du tracteur et espéré ne pas me faire engueuler par mon père pour ce que j'avais fait. Depuis ce jour, cette expérience me trotte en tête. Je n'ai jamais osé en parler autour de moi, ni même à mes parents, jusqu'à ce que, il y a quelques mois, lors d'une conférence sur l'hypnose, un médium m'a confirmé que ma mission commencerait 30 ans après cette vision du tunnel. J'y suis aujourd'hui. Et si j'ai compris qu'apporter du loisir et du bien-être aux autres me faisait du bien, je sens que je vais devoir aller encore au-delà... ADL: C'est assez exceptionnel et ... hors du commun ! J.C.: Oui, je sais c'est difficile à croire. ADL: Mais je trouve que cela colle assez bien avec votre sensibilité et votre générosité. Pour terminer, pourriez-vous dire quelle est la cause qui mobilise encore l'entrepreneur qui est en vous ? J.C.: Je continue d'être passionné par l'esprit d'entreprendre qui, malheureusement, tend à disparaitre en Wallonie. Je suis convaincu qu'on va vers plus de local et de proximité. C'est une des conséquences de l'économie mondiale. Internet nous a fait comprendre que si le monde est à notre portée, c'est ici, près de chez soi, qu'on le vit ! Il faut véritablement, comme le disent les Nations Unies, penser globalement et agir localement !
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