Portrait d'artisan / Bernadette Paquet, Aux Saveurs des Dolmens
ADL : Madame Paquet, comment est née l’idée d’une fromagerie et d’un magasin de terroir ? Quelles étaient vos motivations ? B.P.: La fromagerie, c’est mon projet ! Nous avons travaillé à deux sur l’exploitation pendant de nombreuses années. Quand mon mari est devenu échevin, mon fils, Frédéric, était toujours à l’école. Je travaillais donc non-stop à la ferme et j’adorais ! Quelques mois plus tard, Frédéric et sa compagne, qui ont fait leurs études à l’école d’agriculture de St Quentin (Ciney), nous ont rejoints. Ensemble, ils ont repris la moitié de l’exploitation. Ayant nettement moins d’occupation et ayant toujours aimé la transformation, j’ai eu l’idée d’une fromagerie et d’un magasin de terroir. Avant cela, je faisais déjà du beurre. Poussée par mes filles, j’ai bien réfléchi et, avec l’aval de mon fils, j’ai foncé ! (B. Paquet est maman de 5 enfants) Et j’en suis très contente ! ADL : Vous avez donc repris des formations ? B.P.: Oui, à St Quentin. Il s’agissait de 12 journées de cours sur la fabrication du fromage et sur la gestion.
ADL : Avez-vous bénéficié d’un accompagnement pour l’ouverture de la fromagerie ? B.P.: Oui, on a reçu des conseils très intéressants d’Accueil Champêtre, mais notre volonté était d’aller vite. On a commencé les travaux au mois de novembre 2009 et j’inaugurais la fromagerie et le magasin fin avril 2010. Si j’avais sollicité de l’aide financière, ça aurait pris plus de 2 ans … plus toutes les tracasseries !
ADL : Quels sont les moyens de communication utilisés pour attirer la clientèle ? (B. Paquet me montre le toutes-boîtes qu’elle est prête à envoyer pour les fêtes de fin d’année) B.P.: Le panneau face à mon magasin en fait déjà s’arrêter plus d’un. ADL : Que pensez-vous des actions mises en place par la Commune pour augmenter la visibilité des petits producteurs locaux ? B.P.: Nous avons la chance d’être bien soutenus par la Commune. Le dépliant « Du terroir dans notre assiette » sera très utile car beaucoup d’habitants de notre commune ne savent pas encore ce qu’ils peuvent trouver près de chez eux. La notoriété de Durbuy est également un plus pour nous. ADL : Vous êtes « membre-productrice » du GAC depuis son lancement en février 2011. Quelle était votre motivation pour en faire partie ? En êtes-vous satisfaite ? B.P.: En tant que productrice de la commune, il me paraissait évident de participer à un projet collectif de commercialisation locale. Ce sont des rentrées appréciables pour moi. De plus, certaines familles du GAC viennent au magasin la semaine intermédiaire (la distribution du GAC a lieu une semaine sur deux) ou me recommande auprès de membres de leur famille ou de leurs amis.
ADL : Vous êtes donc attentive à l’innovation des produits ? B.P.: Oui. Dernièrement, j’ai aussi fabriqué du fromage « bleu » et le « Morvilleux », une sorte de camembert. En général, je les teste auprès de mes enfants avant de les lancer sur le marché !
ADL : Comment gérez-vous votre stock ? B.P.: La commercialisation de produits en circuit court est assez irrégulière, ce qui nécessite une bonne gestion du stock. Au début, c’était assez difficile pour les fromages frais, la maquée et les yaourts mais, maintenant, ça va mieux. Je pars du principe qu’il vaut mieux « tomber trop juste » que d’avoir de la marchandise en trop. ADL : Les normes sanitaires ne sont-elles pas trop contraignantes ?
B.P.: Nous nous sommes mis aux normes dès le départ de l’activité. Je suis tenue d'effectuer des analyses de produits deux fois par an. En outre, l'AFSCA réalise aussi des contrôles "surprises". Ce qui est le plus difficile, c’est que les contrôles ne sont pas toujours effectués par les mêmes personnes. Chacun à ses idées, sa propre interprétation du règlement … ADL : Vous avez également ouvert un gîte en 2003, proche de l’exploitation. Faites-vous un lien avec le magasin ? B.P.: Depuis l’ouverture du gîte, j’ai chaque fois accueilli mes hôtes avec un cadeau de bienvenue (du pudding, des galettes, …). Ce petit geste était toujours fort apprécié par les visiteurs. Depuis que le magasin existe, je dépose plutôt du fromage frais, yaourts, … sur la table du gîte, ainsi qu’un bon de réduction pour le magasin. Je m’aperçois cependant que seulement 50% poussent la porte du magasin. ADL : Vous avez participé à « Wallonie Week-end Bienvenue » cette année. Ce genre de manifestation est-elle un plus pour vous ? B.P.: Cette action a bien fonctionné. Nous avons reçu beaucoup de monde durant le week-end. Quant aux retombées, elles n’ont pas été nombreuses car les visiteurs venaient, en général, de loin (Liège, Charleroi …). ADL : Et que pensez-vous des concours comme à la Fête du Fromage à Harzé ? B.P.: C’est une chose qui ne me tente pas du tout ! Je n’ai pas le tempérament d’une « fonceuse » … ADL : Et les marchés …? B.P.: Ponctuellement, oui. (B. Paquet a participé à la Rencontre de Noël à Barvaux), mais pas sur un marché hebdomadaire. Je reconnais que j’ai du mal à me mettre en avant, à oser … ADL : Travaillez-vous en partenariat avec d’autres acteurs économiques locaux ? B.P.: Nous faisons un échange de produits avec la Ferme Petry de Septon (La Verte Prairie) : je vends leurs charcuteries et ils vendent mes fromages. Je fournis également un hôtel-restaurant de Durbuy et, de temps en temps, un restaurant de Wéris. J’espère qu’avec « l’Année des Saveurs » je développerai d’autres partenariats…
ADL : Quelle a été, jusqu’à présent, votre plus grande satisfaction ? B.P.: Le contact avec les gens, pouvoir leur communiquer la passion de mon métier, leur apprendre qu’on peut être heureux avec de petites choses …
ADL : Comment est perçu le métier d’agriculteur aujourd’hui ? B.P.: Un peu mieux qu’avant car, longtemps, l’agriculteur s’est fait catalogué de « pollueur », de « mauvais », notamment à cause de la crise de la dioxine. Depuis quelques années, on dirait que le métier est mieux perçu grâce à la sensibilisation vers une alimentation plus saine, de proximité. ADL : A moyen terme (5 ans), comment souhaitez-vous faire évoluer votre activité ? B.P.: J’espère pouvoir continuer mon activité et produire un peu plus de fromages. Dans la ferme, je ne fais plus de projet. Ce n’est plus pour moi. C’est au tour des jeunes !
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