Portrait /Jardin Bio Pourquoi Pas à Jeneret, Christine & Baptiste Rocour

Entretien rédigé par Renaud Devries, juin 2015


Crédit photo : Pascal Willems, FTLB

Avec l’arrivée de l’été, nous nous sommes rendus chez Christine et Baptiste Rocour, maraîchers du Jardin Bio Pourquoi Pas ! Quel lieu ! Tout y est beauté, design des jardins, harmonie des couleurs et des formes, voici deux artistes passionnés de nature à rencontrer!

ADL : Quel est l’origine de votre projet ?

Jardin Bio Pourquoi Pas : Tout a commencé un peu par hasard. Nous avons reçu une proposition de mise à disposition d’un terrain. L’envie de jardiner était bien là, avec celle de travailler pour soi, et de créer un projet qu’on aime. Cela fait déjà 6 ans que le maraîchage est en place. Nous avons débuté avec l’Asbl Socrate qui a financé le démarrage du projet avec l’achat des premières semences. Nous avons ensuite créé notre propre Asbl « Pourquoi Pas !» voilà 4 ans maintenant. Nous voulions ouvrir le bio à tous, rendre accessible des produits de qualité et savoureux. Le respect de tous, hommes, animaux et environnement, la décroissance, la convivialité sont autant de valeurs que nous portons. Nous ne sommes donc pas dans une optique purement commerciale, nous visons moins le rendement que l’esthétique et la beauté du lieu. C’est un endroit que nous voulons vivant, par le biais de visites, rencontres et festivités ce qui permet la création de liens sociaux au cœur du village. Le champ s’étend aujourd’hui sur un hectare, nous sommes deux salariés mi-temps au sein de l’Asbl et plusieurs bénévoles à temps plein et temps partiel complètent l’équipe pour la bonne gestion du lieu.

ADL : Quel type de production proposez-vous ?

JBPP : Nous cultivons des légumes et des petits fruits. Nous proposons une grande diversité de légumes aussi bien classiques que plus anciens. Cela va de l’oignon à l’aubergine en passant par la tétragone. En ce qui concerne nos méthodes culturales, nous pratiquons le non-labour, le paillage et la couverture de sol. Tout le travail se fait à la main, de la mise en culture jusqu’à la récolte. Nous cultivons également sur butte, c’est une technique que nous mettons en place afin de ne jamais marcher "dans le jardin" mais sur les chemins. Cela permet de ne pas tasser la terre, de garder la terre aérée, et de donner des expositions plus ou moins ensoleillées. Nos cultures sont implantées en plein champ et sous serre.

ADL : Comment planifiez-vous vos cultures ?

JBPP : Spontanément on vous répondrait : "à l’instinct". Mais nous suivons également le calendrier lunaire. Il faut savoir qu’il y a plusieurs catégories de légumes ; les légumes racines, feuilles, fleur et fruit (la courgette, le haricot sont des légumes fruit par exemple). Et que pour chacune de ces catégories il y a un jour idéal de semis et de plantation. Ces périodes vont influencer la croissance et la qualité du légume.

Crédit photo : Pascal Willems, FTLB

ADL : Quelles sont vos pistes de commercialisation ?

JBPP : Nous écoulons nos légumes sous forme de paniers ou au détail, sur le terrain ou au sein du Rutabagac de Barvaux. On remarque que les gens apprécient venir sur le terrain, s’y balader, discuter et, dans ce cas là, nous récoltons à la demande. Nous sommes ouverts le samedi entre 13h et 17h et le dimanche entre 11h et 16h. Nous démarrons la saison avec nos portes ouvertes, lors du week-end qui suit les Saintes-Glaces, c’est l’occasion pour les familles d’acheter leurs plants à repiquer. Ensuite, nous ouvrons les ventes de légumes au début du mois de juin jusqu’à la fin novembre.

ADL : Quelle est votre clientèle ?

JBPP : Nous avons connu un rush il y a 3 ans lors de la communication autour des produits locaux, et de la diversification agricole. Maintenant, il s’agit essentiellement d’habitués, de fidèles ayant pris notre projet à cœur. C’est le contact humain le plus sympathique. Il y a aussi les familles du Gac qui nous sont très fidèles. Nous ne fonctionnons pas sur abonnement, ce qui laisse le client assez libre dans son choix de légumes et sa régularité de commande.

ADL : Pourquoi avoir fait le choix du bio ?

JBPP : Pour nous, ça coulait de source. C’est à nos yeux le meilleur tant au niveau de l’environnement qu’au niveau du goût et de la richesse nutritive des aliments. Nous voulions vraiment être propres dans notre travail, ne pas abîmer mais respecter.

ADL : Quelle évolution donnez-vous à votre projet ?

JBPP : Comme expliqué précédemment, nous avons connu un rush de curieux, qui s’est un peu estompé avec le temps. Nous avions une demande récurrente des clients à faire quelque chose de plus sur ce lieu parce qu’ils aimaient s’y poser, prendre le temps, respirer. Nous développons donc un espace de dégustation de nos produits, de détente, mais aussi de pépinière pour la saison froide. Il s’agit d’une serre en verre et ossature bois adossée à notre maison. Nous souhaitons faire découvrir nos légumes sous forme de tapas. Il s’agit, par le goût, de créer un déclic, de toucher d’autres personnes qui ne seraient peut-être pas venues d’elles-mêmes vers nos légumes.

ADL : Ou en êtes-vous dans la réalisation de ce nouvel espace ?

JBPP : Cette envie trottait en nos têtes depuis un an, mais nous manquions d’espace. L’institut supérieur d’architecture Lambert Lombard est venu vers nous avec la proposition d’un partenariat. Il était question pour les étudiants de réaliser un projet architectural depuis sa conception jusqu’à sa réalisation finale. Dix projets ont été pensés et dessinés par les étudiants, et un seul a été retenu. Ce sont 45 étudiants qui ont élaboré les plans et maquettes de la serre. C’est ensuite un chantier participatif qui s’est installé durant trois semaines au sein du village. Le projet est toujours en chantier, et nous espérons ouvrir au public au début de l’été.


Crédit photo : Voyonsvoir.be

ADL : Comment avez-vous financé ce chantier ?

JBPP : L’Asbl n’avait pas l’argent pour les matériaux, nous avons donc lancé une campagne de Crowdfunding (financement participatif). Avec l’aide d’un ami, nous avons travaillé à une campagne de communication et à différents visuels via la plateforme Kisskissbankbank. Il fallait une communication bien pensée et séductrice qui fasse tache d’huile. Il s’agit, par le biais de cette plateforme, de mobiliser l’épargne citoyenne pour un projet qui fait sens pour eux. Dans notre cas c’est un financement par le don avec contrepartie (tel un panier de légumes et aromates).

ADL : Travaillez-vous en réseau avec d’autres acteurs ?

JBPP : Nous avons mis en place le réseau Ardenne Paysanne, c’est un réseau de maraîchers qui vise à l’entre-aide. Nous fonctionnons par achats groupés auprès de nos fournisseurs pour bénéficier de réductions. Nous travaillons à la création d’un marché commun, à un alignement des prix afin d’éviter la concurrence, tout cela dans un esprit de respect mutuel. Nous avons aussi des partenariats avec le secteur public, la Maison Citoyenne, l’ADL lors de l’un ou l’autre évènement.

ADL : Etes-vous satisfaits de cette orientation professionnelle ?

JBPP : Oui tout à fait. Nous avons le sentiment d’avoir pris la bonne direction, fait les choix justes. Lorsque l’on est sur son chemin, les portes s’ouvrent d’elles mêmes, les bonnes rencontres se font aux bons moments. Nous sommes heureux et épanouis dans notre quotidien. La satisfaction est aussi bien dans la rencontre avec les gens, que dans le travail extérieur. Quel bonheur de regarder pousser les légumes et voir le jardin s’embellir au fil des saisons !

Jardin Bio Pourquoi Pas asbl
Christine & Baptiste Rocour

Place Isabeau Madame 19 - 6941 Jeneret
Tél. : 086 400 769 - GSM : 0474 850 314
rocourbaptiste@hotmail.com - Blog



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